Compensation écologique - Partie 2

La situation mondiale ayant été détaillée dans le constat publié dans la première partie de cet article, nous nous intéressons ici aux problématiques spécifiques à notre activité.

Comme je vous le précisais dans la première partie de cet article, nous reconnaissons avoir une part de responsabilité dans la situation écologique actuelle du monde. Nous nous sommes donc penchés sur ce que représente notre activité dans le but de rechercher ensuite des méthodes pour en minimiser l'impact.

Calculer nos émissions pour mieux les combattre

Tout d'abord, en bons optimisateurs, nous avons cherché à établir un diagnostic complet de notre empreinte écologique. Malheureusement, la tâche est aujourd'hui presque impossible tant nos usages sont divers et nos équipements complexes. Les grandes entreprises ont l'obligation et les moyens de payer des audits coûteux pour établir leur bilan carbone mais pour nous c'est une autre affaire. Nous pouvons tout de même nous appuyer sur quelques outils destinés aux particuliers comme le calculateur d'empreinte écologique de WWF Suisse, les diagnostics de la fondation GoodPlanet, le calculateur de Global Footprint Network qui donne un résultat en nombre de planètes nécessaires si tout le monde vivait comme nous, les calculateurs liés aux déplacements de la coopérative Québécoise Arbre-Évolution et bien d'autres. Ces divers programmes nous permettent d'avoir une estimation large de ce que représente notre style de vie et nous donnent des pistes sur les éléments à contrôler dans notre vie professionnelle.

Emissions liées à la consommation électrique de notre équipement

En ce qui concerne l'électricité, vivant tous en France, nous avons un mix énergétique assez peu émetteur de gaz à effet de serre, grâce au nucléaire (qui présente bien d'autres inconvénients à long terme) qui représente plus de 70% de l'énergie produite et des énergies renouvelables à basses émissions (hydroélectrique, éolien et solaire) qui représentent plus de 16% de la production. Le calcul de la quantité de gaz à effet de serre émis a donc été réalisé à partir des données du GIEC par le site e-rse et le résultat est de 74g par KWh consommé.

Photo d'un appareil mesurant la consommation électrique indiquant 40 wattsIl ne nous reste plus qu'à trouver, sur divers sites et grâce à un petit appareil illustré ci-contre, la consommation moyenne de notre matériel et de multiplier tout ça pour obtenir la consommation approximative de chaque membre de l'équipe pendant ses heures de travail. Puisque tout ceci nous tient à cœur, nous sommes partis sur les tranches hautes de toutes les estimations. Voici le détail de notre calcul :

  • Ordinateurs portables
    100 W x 4 personnes x 35 heures x 47 semaines = 658 kWh = 48,692 kg de CO2 par an
  • Ordinateurs fixes
    550 W x 1 personne x 35 heures x 47 semaines = 904,75 kWh = 66,9515 kg de CO2 par an
  • Écran supplémentaire
    50 W x 5 personnes x 35 heures x 47 semaines = 411,25 kWh = 30,4325 kg de CO2 par an
  • Équipement réseau domestique (box)
    15 W x 5 personnes x 35 heures x 47 semaines = 123,375 kWh = 9,12975 kg de CO2 par an
  • Serveurs
    550 W x 2 serveurs x 24 heures x 7 jours x 52 semaines = 9609,6 kWh = 711,1104 kg de CO2 par an
  • Total : 980,5614 kg de CO2 par an

C'est donc au final presque une tonne de CO2 par an que notre activité libère dans l'atmosphère et ce uniquement du fait de la consommation électrique de nos équipements. Il faudrait ajouter à cela la consommation de nos locaux logements ainsi que celle, autrement plus importants, des infrastructures réseau que nous utilisons pour travailler à distance mais je n'ai pas trouvé de source suffisamment claire pour y parvenir à ce jour.

Émissions liées à la production de notre équipement

Comme évoqué dans le premier article de cette série, en plus de la consommation électrique de nos appareils, il faut aussi s'intéresser à leur production et leur transport jusque chez nous. Lorsque l'on se penche sur la question, on constate que le gros de ces émissions est généré lors de la fabrication, du fait de sa décentralisation dans des pays ne disposant pas d'un mix énergétique aussi peu carboné que le notre. Le reste des émissions est principalement lié au fait qu'il faille utiliser du pétrole pour :

  • extraire les matières premières (lorsqu'il ne s'agit pas directement de pétrole d'ailleurs),
  • les transporter jusqu'aux usines,
  • transporter le produit fini jusque chez nous.

Pour nous aider à estimer ces émissions là, le Groupement de Service EcoInfo du CNRS a mis a disposition un calculateur appelé EcoDiag. Il suffit d'y paramétrer le nombre d'équipements dont on dispose (voir la liste au chapitre précédent), de définir le nombre d'années que l'on souhaite les conserver (nous choisissons 1 an pour simplifier nos calculs) et éventuellement de changer la quantité de carbone émise par kWh d'énergie consommée (nous mettons 0,766 kg CO2/kWh qui correspond au mix de la Chine selon l'ADEME). Le résultat contenant aussi l'usage de l'équipement dans l'année, nous pouvons soit retirer du total fourni par l'outil le résultat calculé au chapitre précédent, soit s'amuser un peu en partant du code source du calculateur pour ne pas prendre en compte la consommation mais uniquement la production.

Dans le cadre d'Happyculture, le calcul indique 5 685 kg de CO2 consacrés à la fabrication de notre matériel (j'ai ajouté les claviers et souris qui n'entrent pas en compte dans la consommation). Pour être honnête, après avoir lu divers articles dont celui de Green IT qui reprend les chiffres de EcoIfno, je m'attendais à bien pire ! C'est cependant un poste d'émissions important à garder en tête pour la suite de notre réflexion.

Émissions liées à nos déplacements professionnels

Du fait de notre organisation entièrement en télétravail, nous économisons déjà beaucoup d'émissions liées aux déplacements professionnels par rapport à des structures qui demandent à leurs salariés de se rendre dans des locaux dédiés chaque jours. Cependant, il nous arrive parfois de sortir de nos grottes pour aller voir nos clients, pour nous rencontrer physiquement, ou même pour aller à des événements organisés par l'incroyable communauté Drupal.

Étant sensibilisés aux problématiques environnementales, quelques règles s'imposent toutefois naturellement à nous :

  • lors de déplacements en agglomération, nous utilisons les transports en commun, le vélo ou nos pieds ;
  • lors de déplacements hors agglomération, nous utilisons prioritairement le train lorsque c'est possible et réaliste ou la voiture lorsque nous n'avons pas vraiment d'autre option ;
  • très exceptionnellement (maximum une fois par an), lors de déplacements internationaux pour nous rendre aux Drupal Developper Days par exemple, nous utilisons l'avion mais nous pratiquons alors immédiatement une forme de compensation carbone couvrant le voyage.

Il faudrait réaliser l'exercice de façon plus régulière et générique mais si je prends l'année 2019 comme référence, voilà, à peu près, le décompte des émissions de notre équipe :

  • Rencontres HC :
    1880 km (distance totale qui sépare les membres de l'équipe de Paris) * 2 (aller-retour) * 2 (on s'est pas beaucoup vus cette année) * 1,9g (émission par km du TGV) = 14.288 kg de CO2
  • Événements communautaires / ESS :
    2000 km (distance totale estimée)  * 2 (aller-retour) * 1,9g (émission par km du TGV) = 7,6 kg de CO2
  • Déplacements commerciaux : 
    • Locaux : 8 km (rayon approximatif de Paris) * 2 (aller-retour) * 20 (environ) * 3,8g (émission par km du métro) = 1,216 kg de CO2
    • Distants : 1500 km (distance totale estimée)  * 2 (aller-retour) * 1,9g (émission par km du TGV) = 5,7 kg de CO2
  • Régies : 
    • Atos : 3 km * 2 (aller-retour) * 4 (jours par semaine) * 32 (semaines) * 0g (émission par km du vélo ^^) = 0 kg de CO2
    • UNESCO8 km (rayon approximatif de Paris) * 2 (aller-retour) * 35 (jours) * 3,8g (émission par km du métro) = 2,128 kg de CO2
    • Eduscol : 8 km (rayon approximatif de Paris) * 2 (aller-retour) * 15 (jours) * 3,8g (émission par km du métro) = 0,912 kg de CO2
  • Formations : 
    • Sur Paris : 8 km (rayon approximatif de Paris) * 2 (aller-retour) * 6 (jours au total) * 3,8g (émission par km du métro) = 0,364 kg de CO2
  • Autres déplacements clients : 
    • Montpellier - Aix : 165 km * 2 (aller-retour) * 2 (rencontres) * 125g (émission par km de ma voiture T_T) = 82,5 kg de CO2
  • Total : 114,708 kg de CO2

Ce décompte est très approximatif et probablement assez incomplet mais nous donne déjà une idée de ce que représente une année calme en terme de déplacements. Il permet aussi de mettre en valeur l'immense déséquilibre entre des déplacements en voiture individuelle et les transports en commun. Personnellement, j'ai été choqué de constater qu'un simple voyage en voiture pour me rendre chez un client à moins de 200 km génère 3 fois plus de CO2 que la totalité des déplacements en train à travers la France de toute notre équipe ! Voilà un argument de plus pour préférer les rencontres virtuelles aux rencontres physiques lorsqu'elles ne sont pas absolument nécessaires.

Et maintenant ?

Dans la troisième partie de cet article (qui mettra moins longtemps à paraître c'est promis), je parlerai de ce que nous pouvons faire maintenant que le constat de l'impact de notre activité est établi et j'aborderai aussi les limites de notre démarche.

 

Crédit photo : dossier de presse de Tree Nation.

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À propos de Edouard

Photo de Edouard habillé d'un Tee Shirt Drupal 8 bleu marine

Expert technique

Après un premier contact douloureux avec Drupal en 2009 en autodidacte, j'ai suivi une formation qui m'a convaincu de mon choix technologique et m'a vraiment mis en selle. Durant plusieurs années suite à cela j'ai accompagné des entreprises locales dans le développement de leurs projets de toutes sortes, de la simple vitrine à l'intranet social en passant par le projet e-commerce.