Faut-il remplacer Google Analytics par Matomo ?

Matomo, une alternative éthique à Google Analytics, dans le respect des données personnelles et du RGPD.


Est-il encore possible d’avoir une vie privée sur le web ? 

Vous êtes une personne soucieuse de la protection des données personnelles et du respect de l’activité de vos visiteurs sur votre site internet, et vous avez bien raison ! 

Et cela nous importe aussi chez Happyculture. Connaître le trafic sur notre site web c’est important pour mesurer ses performances et l’améliorer, mais pas au détriment de la vie privée.  Utilisateurs de Matomo depuis plusieurs années, en voyant circuler les articles autour de la CNIL et Google Analytics ces dernières semaines, nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de vous expliquer pourquoi nous l’avons choisi. 

Mais avant de vous expliquer nos raisons, petit retour en arrière sur les faits.

Google Analytics dans le viseur européen

C’est en 2020 que l’affaire commence. La Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE), considérant que le transfert des données à caractère personnel de l’Union Européenne (UE) vers les Etats-Unis n’est pas conforme aux exigences requises par l’UE, décide d’invalider le Privacy Shield (Bouclier de Protection à mettre en annotation).

Suite à cette décision, NOYB, organisation de la protection de la vie privée fondée par Max Schrems, affirme que le géant de l’analyse d’audience web autorise, et ce de manière illégale, un traitement des données personnelles et leur transfert vers Google, donc vers les États-Unis. En 2021 NOYB dépose alors 101 plaintes auprès de plusieurs autorités de contrôle européennes, dont la CNIL en France. 

En février 2022, la CNIL se prononce et met en demeure des sites français utilisant Google Analytics de mettre en conformité leurs traitements avec le RGPD. 

Comme le sujet est sensible et le positionnement de la CNIL nouveau, la décision de mise en demeure a donné lieu à une vague de questions/réponses que la CNIL a mis en ligne pour partager l’information. Des pistes de solutions y ont été évoquées, comme agir par exemple sur le paramétrage des conditions de traitement de l’adresse IP ou encore utiliser un serveur mandataire ou proxy. Mais pour le moment, ces solutions n’ont pas satisfait la CJUE. 

En attendant que cette situation aboutisse et pour anticiper l’éventuelle illégalité de l’utilisation de Google Analytics, beaucoup ont pris les devants et cherché des remplaçants.

Quelle(s) alternative(s) à Google Analytics ?

Google Analytics reste l’outil d’analyse de trafic web le plus utilisé dans le monde ; plus de 55 % des sites web l’utilisent ce qui représente près de 86 % du marché (source W3Techs).

Heureusement des alternatives existent, et il y a du choix ! 

Nous pouvons citer Matomo bien sûr, mais aussi AT Internet Analytics Suite, Plausible, Open Web Analytics, Content Square, Hotjar, Abla Analytics, Go Squared, Beyable Analytics, etc. 

Certaines solutions, plus respectueuses de la vie privée de leurs utilisateurs et pouvant être exemptées au recueil de consentement, ont été identifiées comme conformes par la CNIL en suivant leurs guides de configuration. Et Matomo en fait partie.

Matomo, qu’est ce que c’est ?

Chez Happyculture, nous avons opté pour Matomo.
Il s’agit d’un outil Open Source gratuit de collecte de statistiques créé en 2007. Matomo vous permet de mesurer l’audience de votre site, comprendre le comportement de vos visiteurs et suivre des conversions. Anciennement connu sous le nom de Piwik, le projet a changé de nom en 2018 pour éviter tout conflit avec d’autres produits. La CNIL a approuvé cet outil au vue des critères RGPD (et sous réserve d’en faire la bonne configuration). Il est utilisé par plus d’un million de sites de toutes les tailles et se revendique comme respectueux de la vie privée de ses utilisateurs.
 

Tableau de bord de Matomo
Capture d’écran de l’interface du tableau de bord de Matomo des dernières visites au cours du mois écoulé

 

Matomo existe en 2 offres pour répondre à vos objectifs.

1 – Matomo en version auto-hébergée

Avec l’auto-hébergement, vous choisissez comment sont gérées vos données et leur lieu de stockage puisque c’est vous qui en avez la propriété. Aucun serveur tiers ne voit arriver vos données.

2 – Matomo Cloud (SaaS)

Si vous ne pouvez pas ou ne voulez pas en faire l’installation sur l’un de vos serveurs. Vous pouvez opter pour la version hébergée de Matomo dans son cloud allemand pour que vos données restent en Europe.

Vous pouvez comparer les deux versions dans leur grille de fonctionnalités. Les tarifs débutent à 19 euros par mois pour 50 000 hits.

Attention, il peut y avoir des coûts cachés si vous souhaitez activer des fonctionnalités payantes de Matomo présentes dans leur place de marché, vous y découvrirez le coût des extensions associées

Pourquoi Matomo ? Ça fonctionne vraiment ?

Vous nous connaissez, chez Happyculture nous défendons une vision du web respectueuse de ses utilisateurs et utilisatrices et donc de leur vie privée. Nous sommes aussi amoureux de l’open source, ce n’est pas pour rien que nous sommes experts Drupal !

Alors quitte à choisir entre Matomo et Google Analytics, la balance penche assez vite pour le premier lorsque nous devons choisir notre outil de mesure de statistiques. 

Qui dit héberger ses propres données pour mesurer son audience dit critère acceptable pour ne pas afficher de bandeau de cookies ou de demande de consentement (car nos contenus ou le reste de vos intéractions ne déposent pas non plus de cookies hormis l’antispam). 

Au-delà de la bonne idée, peut-on appliquer les mêmes usages si l’on doit changer d’outil ? Comme souvent, “ça dépend” est la réponse qui s’impose. 

Si la majorité des usages de votre outil de statistiques consiste à mesurer le nombre de visites, étudier les pages les plus vues, comprendre le type de visites que vous recevez (périphérique, zone géographique…) et suivre quelques objectifs de conversion, vous pourrez basculer sans crainte et ne serez pas perdus.

Si en revanche vous utilisez des fonctionnalités avancées de Google Analytics de type cohorte, traçage inter périphérique, plan de taggage, analyse par machine learning de vos jeux de données, vous risquez de perdre quelques petites choses.
Cela peut être bloquant pour vous mais mérite de vous interroger sur le besoin de collecter certaines données. 

D’un autre côté Google applique parfois de l’échantillonnage à partir des données qu’il collecte afin de générer vos rapports (sur des grandes masses de données, toutes ne sont pas comptabilisées mais des tendances sont calculées).

Comment installer Matomo sur mon site Drupal et récupérer mes anciennes données ?

Si basculer sur Matomo vous intéresse, l’installation est aussi simple que pour Google Analytics, il vous suffit d’insérer leur code de tracking. Comme ils sont sympas chez Matomo, ils vous expliquent comment migrer vos anciennes données pour assurer une transition en douceur depuis Google Analytics 3. Vous avez aussi un autre exemple en FR si vous préférez.

Notez que pour respecter le RGPD, vous devrez faire quelques configurations documentées par la CNIL. Je vous glisse aussi le lien vers la documentation pour permettre à un utilisateur de couper à la source le suivi dans votre outil de statistiques si vous souhaitez lui en donner la possibilité.

Bonus amical qui vous fera peut être gagner du temps (je parle d’expérience…), lorsque vous faites vos tests, pensez à désactiver votre bloqueur de publicité qui peut considérer votre domaine comme source de publicité à tort. ;-)

Si vous utilisez Drupal 9, vous pouvez insérer Matomo via le module contribué ou comme suit :

Créer le fichier JS qui va insérer le script :

var _paq = window._paq = window._paq || [];
_paq.push(["setDomains", ["*.monsite.fr"]]);
_paq.push(["setDoNotTrack", true]);
_paq.push(['HeatmapSessionRecording::disable']);
_paq.push(["disableCookies"]);
_paq.push(['trackPageView']);
_paq.push(['enableLinkTracking']);
(function() {
 var u="https://stats.monsite.fr/";
 _paq.push(['setTrackerUrl', u+'matomo.php']);
 _paq.push(['setSiteId', '1']);
 var d=document, g=d.createElement('script'), s=d.getElementsByTagName('script')[0];
 g.async=true; g.src=u+'matomo.js'; s.parentNode.insertBefore(g,s);
})();

Déclarer une librairie :

matomo:
  js:
    dist/js/matomo.min.js: { minified: true }

Insérer la librairie dans vos pages :

name: Thème de mon site
core_version_requirement: ^8 || ^9
type: theme
# Autres données
libraries:
 - mon_theme/matomo

Pour conclure

Vous l’aurez compris, en choisissant Matomo, vous optez pour une solution recommandée par la CNIL et respectueuse du RGPD, la grande contrainte des outils d’analyse d’audience.

Open source, simple et gratuit, il répondra parfaitement à vos besoins principaux d’analyse de votre trafic web si vos usages ne sont pas extrêmement pointus.

La tendance du web étant au respect de la vie privée des personnes, proposer toujours plus de suivi des utilisateurs n’est pas une direction susceptible d’offrir des débouchés satisfaisants. 

Le ciblage des contenus semble en meilleure posture si vous devez proposer de la publicité sur vos contenus.
Le passage à Google Analytics 4 est peut être une piste de réponse mais on ne sait pas si la CNIL l’acceptera (à priori, non). Google restant dans le viseur du législateur, autant ne pas participer à une forme de loterie et anticiper une alternative au plus tôt.

La question de la toute puissance de Google mérite également d’être soulevée. Ce sont nos choix de gestionnaires et sociétés intégratrices de solutions qui lui confèrent sa puissance. Une fois en position de quasi monopole, le jeu de la concurrence ne porte plus ses fruits. Alors il nous incombe de défendre la diversité des choix. Matomo est une option intéressante mais comme indiqué plus tôt, les concurrents ne manquent pas.

Nous terminerons en vous posant cette question, avez-vous toujours une bonne raison de rester sur Google Analytics et de prendre le risque de jouer avec la loi ?


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À propos de Julien

Co-fondateur - Scrum master & Expert technique

Utilisateur de Drupal depuis 2008, j’ai fait mes armes comme développeur chez Commerce Guys puis me suis mis à encadrer les nouveaux arrivants avant de donner des formations, participer aux avant ventes et accompagner les équipes au passage à Scrum.

Je suis impliqué dans la communauté française de Drupal depuis 2009, j’ai été tour à tour président puis vice-président de l’association Drupal France et francophonie entre 2011 et 2013.

À propos de Stéphanie

J’exerce dans la fonction Marketing depuis quelques années, principalement en Marketing digital et relationnel. J’ai développé mes compétences au sein de structures nationales et internationales, dans le tourisme, l’évènementiel, la restauration ou encore la sécurité web.